Keny Arkana

Enfin une miss qui rape avec des couilles. Voilà, c’est dit. J’en vois déjà qui vont me taxer de sexisme, tant pis. Reste que là où Diam’s et consorts miaulent de mièvres vers, se cachent derrière de savantes lumières ou d’abrutissants lieux communs ne visant qu’à s’offrir les vivas d’adolescentes en mal d’idole, Keny Arkana scande son discours sans détour. Brut. En t-shirt moisi, son éternel et peu seyant tissu sur la tête, douchée par un lightshow minimaliste, la Marseillaise s’offre telle qu’elle à son public.

Dame du texte, Arkana, au fil des titres, transpire son vécu. Simplement. Sincèrement. Nulle peine alors de lire son discours comme on lirait du Zola. Le poing levé… On pourrait bien sûr trouver un idéalisme pesant dans ses mots. Ce petit moins caricatural et assez général parmi les artistes engagés. Mais chez elle, ça passe. Enfant de la rue, elle a gardé la rage et la vérité de ceux qui ont eu le nez dans la merde (et ailleurs). Dans un tourbillon d’énergie, Keny Arkana a entraîné sans ménagement le public du Chapiteau vers un monde meilleur.

Mais le dire, c’est déjà trop…

On l’a connu comme guitariste manouche alignant les concerts instrumentaux. Depuis novembre pourtant, Thomas Dutronc a certes gardé ses dix doigts, mais donne en plus de la voix sur galette “Comme un manouche sans guitare” et sur scène, notamment ce soir sous le Chapiteau.

En interview, le bonhomme marque par une sincère humilité et un amour immodéré de la musique en général, de la guitare en particulier. Pour l’anecdote, Thomas Dutronc n’avait qu’une hâte au sortir de l’entretien: retrouver sa loge. Pour y travailler ses arpèges avant son concert…

Asa

Dans un Chapiteau débordant de curieux impatients, les lumières s’illuminent sur une ravissante jeune nigérianne aux lunettes terriblement sérieuses. Sa douce musique souriante, chaude comme l’Afrique, éclaire les visages d’un auditoire déjà conquis. Tout le monde parle du phénomène à la voix d’or (citons Ayo ou Morcheeba), tout le monde parlera de la joie d’Asa à se produire sur scène… quelques pas de danse chaloupés sur un tapis instrumental entraînant et l’on voit apparaître l’aura rayonnante de l’énergique chanteuse.

Et soudain, le Chapiteau s’enflamme. Jailer, reggae fédérateur, si long, si puissant, communique toute la passion d’un groupe en un éclair. Et la température monte encore. En rappel, ou plutôt en point d’orgue, un medley de ses succès (Fire on the mountain en tête) obtient les faveurs d’une foule allégrement dansante. On en parle encore dans les allées du Festival, on en parlera encore un certain temps !

Girls In Hawaii

Il est des groupes qui, pour leur tournée “festivals”, se contentent de raboter quelques titres de leur set list traditionnelle, virant généralement les moins fédérateurs. D’autres ont la bonne idée de revoir leur show pour proposer du neuf à leur public. En cela, les Belges de Girls in Hawaii ont su insuffler à leur set un supplément rock et électrique des plus jouissifs, opérant des choix gagnants dans le spectacle qu’ils ont notamment présenté aux Docks.

Guitares en avant, le “futur plus grand groupe belge de tous les temps” si l’on n’en croit nos valeureux compagnons du Paléocast, a ainsi mis ce soir le feu au Chapiteau. Servi, il faut le dire, par un light ravageur, le sextet aurait dû réveiller un public incroyablement passif. Dommage pour eux, car ces mélodistes nés, ne cédant pourtant jamais à la facilité, auraient mérité accueil plus communicatif

The Raveonettes

Avant The Kissaway Trail, qui jouera jeudi soir, d’autres danois ont investi les scènes du Paléo: il s’agit naturellement des Raveonettes, duo composé de Sune Rose Wagner et Sharon Foo.

Contrairement aux Blood Red Shoes, on ne retrouvera pas les deux musiciens seuls sur scène mais accompagnés de deux acolytes à la basse et à la percussion, lançant occasionnellement des rythmiques préenregistrées tout comme Caribou le fera quelques heures plus tard sur la scène du Club Tent. La sobriété du groupe, tout de noir vêtu et aux mouvements quasi robotiques, a pu en déconcentrer plus d’un, mais la musique vient rapidement masquer ce petit détail: à mi-chemin entre Belle & Sebastian, les Beach Boys et une touche de noirceur bruitiste de Sonic Youth, le son Raveonettes agrippe, attrape et ne fait pas de sentiments. Bien que vide au début, le Chapiteau se remplit à une vitesse considérable et la foule se retrouve rapidement à secouer la tête au rythme d’un des meilleurs groupes indie de cette journée de mercredi.

deus

Cinq belges, la quarantaine bien installée, chemises et vestons: la classe qui en jette. Une voix grave, profonde, sur un fond instrumental électro-expérimental. Puis des riffs ravageurs de guitare pour un morceau se construisant petit à petit, s’enchaînant dans des dérives multiples, explosant les structures conventionnelles, montant toujours en intensité.

Mais dEUS, c’est un éclectisme musical qui navigue de l’expérimental underground à la pop aguicheuse, guitare folk et tambourin, pour sauter dans de l’électro-rock jouissif. Navigation parfois difficile, où la puissance développée pendant une dizaine de minutes retombe malheureusement dans les creux de vagues doucereuses. Des instruments multiples, des effets sur les guitares, sur la voix, sur le violon, des samples, chacun change de manière de jouer, et l’on peut voir la basse et le violon gratter des accords avec rage. Des lumières éclatantes, astucieusement disposées sur le promontoire de la batterie, offrent un spectacle haut en couleurs, que la foule, conquise par le refrain de The Architect, savoure les yeux brillants.