
On peut les trouver chiants sur album. Ne pas aimer un concert de Dionysos relève par contre du difficile ouvrage. Quatre concerts sur la Grande Scène, une révélation et désormais trois confirmations, la bande à Malzieu déchire. C’est chaque fois pareil, hallucinant. Voilà pour la sueur (partagée un moment, et c’est sympa, avec Olivia Ruiz). Mais, finalement, la surprise n’était pas là!
Car c’est des notes que la satisfaction est venue. Si lors ses deux dernières venues à Paléo, la performance du groupe avait fini par lasser, pas un moment de répit, ici, n’a été accordé. Là où on regrettait un son trop brut et trop répétitif, Dionysos a enfin su donner de la profondeur à ses orchestrations. Guitares plus en avant que jamais, les six n’auront jamais hésité à mettre du hard dans leur miel passé. Les morceaux prennent ainsi de l’ampleur et le public, plein la gueule.

Un concert classique, c’est de la musique. Incroyable non? Mais c’est aussi l’occasion d’une jouissive expérience sociologique. Excitant de pouvoir écouter voir jouer du Bach ou du Mendelssohn la bière dans une main, une gauffre dans l’autre. Car au-delà de l’anecdote, Paléo offre ici un superbe coup de jeune à un genre encore malheureusement trop poussiéreux pour séduire un large public.
Chaque année l’Asse envoie valser tous les codes feutrés propres au concert classiques. Les pieds dans la boue, les fesses carressant la poussière ou le t-shirt souillé, le confort d’autres rendez-vous semble bien loin, et c’est tant mieux.
Cet après-midi, Daniel Rossellat louait les grandes qualités des festivaliers. De simples politesses, les mots du directeur prennent vite bien plus de poids une fois l’orchestre passé. Bière et cris, il y avait. Mais plus encore, sous le Chapiteau s’invitait un profond respect. Une attention, une curiosité jamais prise en défaut. A tel point qu’allumer une cigarette ou répondre au téléphone devient impensable.
Impensable, aussi, de penser plus loin lorsqu’arrive le Concerto en Mi mineur pour violon de Felix Mendelssohn (et pas Wilson). C’est le deuxième effet KissCool de l’expérience. Une baffe en plein coeur. Magique. Tant l’Orchestre de Chambre de Genève que le magnifique violoniste Gilles Apap offrent nuances, précision, justesse et sensibilité à une oeuvre magnifique.
Et ce voyage-là, y a qu’à Paléo qu’on peut le vivre…

Joe aime Vanessa Paradis depuis longtemps, et comme tous les mélomanes qui vont voir un artiste qu’ils apprécient, Joe attend l’instant de sa venue avec impatience. Pouvoir mettre un visage humain sur une voix passionnément écoutée est un plaisir que beaucoup partagent. Et lorsque la petite Française aux accents enfantins entonne un air connu, Joe, comme ceux dans le même état d’esprit que lui, a la chair de poule, les bras qui frissonnent, le sourire accroché et les paroles au bout des lèvres.
Mais tout le monde n’est pas Joe, tout le monde n’aura pas bravé l’orage et le froid pour apercevoir Vanessa, la circulation se faisant de plus en plus aisée face à la Grande Scène l’heure avançant; car la principale caractéristique de la chanteuse parisienne est souvent le point le plus agaçant de la prestation: le timbre de sa voix. Ses aigus criards sucrés peuvent irriter le festivalier curieux sans relâche.
Mais si l’on n’aime pas la voix, les textes ou les mélodies, on ne peut que rester halluciné par les musiciens exceptionnels l’entourant et la qualité des arrangements qu’ils offrent. Les morceaux sont groovy à souhait, le kitch de Joe s’est perdu dans les limbes des années 90 sans regrets. Aznavour est repris au Bout de la Terre avec tout le public. Forcément, avec Matthieu Chédid à la guitare (-M- pour les intimes), la marche militaire la plus sombre devient un rock n’roll endiablé. Les solos sont terrifiants de justesse; le héros, chapeau vissé sur la tête, traverse insolemment la Grande Scène pour clouer sur place une assemblée sans voix. Après un final sauvage, où les lumières s’affolent, on se demande finalement qui l’on est venu voir de la chanteuse ou du guitariste…

Hier c’était avec allégresse que je partais au Paléo. J’avais rendez-vous avec l’homme de ma vie. Celui qui me fait frémir depuis 24 ans avec son univers et sa voix unique. C’est donc toute fébrile que j’arrivais sous le soleil. Un bon cocktail de Sharko pour commencer, rien de tel pour effacer les heures de sommeil en retard, quelques flûtes de champagne pour l’apéro, Mme Peel oblige, pour continuer dans l’élégance et la classe avec The Do.
Quand soudain, les dieux du ciel ont décidé de se mettre aux couleurs du village du monde en nous gratifiant d’un orage tropical, transformant une bonne partie des spectateurs en petits hommes verts. C’est tout naturellement que les uns et les autres cherchaient un abri, sait-on jamais que la pluie fasse fondre le genre humain. Le Chapiteau, comme tout endroit avec une tente, a été pris d’assaut. L’avantage non négligeable, c’est que pour une fois, pas trop de foule au stand nourriture, j’ai pu donc me sustenter en un temps record et comble de bonheur, à l’abri.
L’heure de mon rendez-vous tant attendu approchait, le coeur battant, frémissante, je me glissai sous le chapiteau dégoulinant de monde, chaque centimètre carré étant occupé de l’est à l’ouest, du sud au nord. Bien entendu il y avait comme moi les amoureux de Bashung et les peureux de la pluie. Qu’importe, je ne suis pas bien grande, je peux donc me faufiler jusque dans une certaine mesure, au milieu de la foule. La lumière s’éteint, la voix sublime d’Alain enveloppe mon âme, sa présence fait oublier le froid, la pluie, quand soudain…. je me retrouve propulsée à droite, à gauche en avant, sans avoir demandé quoi que ce soit à mes pieds.
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La règle d’or à ne pas oublier pour un concert de The Dø : Dønt be late ! En effet, je suis arrivé à mi-concert du duo franco-finlandais, alors que le chapiteau débordait déjà de tous les côtés… Difficile, donc, de se concentrer sur la musique alors que moultes valises de bière me passent à un millimètre du nez, que les téléphones portables dirigés vers la sulfureuse chanteuse-guitariste Olivia B. Merilahti me bouchent la vue ou encore que les chenilles humaines égarées cherchent désespérément le premier rang.
Malgré la foule compacte, The Dø captive un public attentif et très en forme, à l’aide de morceaux comme “Aha“, “Tammie” et le tube “On my shoulders“. La voix d’Olivia est impeccable, oscillant entre de solides mélodies et de jolis cris aigus, le bassiste Dan Levy livre toute son énergie.
Le temps passe trop vite, et le groupe quitte la scène sous un tonnerre d’applaudissements… Alors que les côtés du chapiteau se vident, j’arrive tout juste à me faufiler sur la droite en espérant le rappel, je lève la tête et je vois qu’Olivia a enfilé sa guitare acoustique et mon cœur fait un bond… Allez, pourvu qu’elle nous chante “Stay (just a little bit more)“. Et c’est ça! Quel bonheur! A l’instar du titre, le duo nous berce juste un peu plus longtemps avec cette dernière perle. Un beau cadeau d’adieu (ou d’au revoir, espère-t-on) !

Par une musique aux confins de l’émotion, qui prend aux tripes, là où l’on ressent plus que l’on écoute, Massive Attack impressionne par un spectacle comme on en voit rarement. Des lumières porteuses d’une ambiance mystique, un mur de lumières en arrière fond, le groupe jamais éclairé de face se dévoile avec parcimonie. Les anglais rassemblent le Festival face à eux, les chanteurs défilent devant les deux batteries aériennes.
La prestation démarre en douceur, avant le magistral Risingson qui lance véritablement le concert. Une forêt d’appareils photo et de téléphones apparaît dès les premières notes de Teardrop. Le mur de leds matraque sans vergogne ses messages écologico-politico-philosophiques, tandis que le public habitué à se déhancher se retire petit à petit. La communion avec les festivaliers n’est pas aisée, jusqu’à ce que Inertia Creeps réveille l’Asse à grands coups de guitare ravageuse ! Des citations de Pinochet et de Staline se succèdent sur le mur rouge sang, au rythme d’une montée en puissance terrifiante, avant d’atteindre l’extase grâce à Angel. A ceux qui reprochent à la trip-hop sa mollesse, précipitez-vous pour voir les anglais dont le nouvel album est prévu pour bientôt!

Discrètement niché entre IAM et Massive Attack au Club Tent, Alexandre Kinn a tout pour plaire.
Venu en trio avec François Fuchs à la basse/contrebasse et Lawrence Clais à la batterie, l’ancien egyptologue foule les territoires de la chanson française, de la pop, de la musique du monde et du funk pour en extraire leur substantifique moëlle et les servir au public au moyen de chansons accrocheuses qui mettront en mouvement un Club Tent réticent au début de leur set. Précision rythmique des percussions, passages furieux de contrebasse offrant une combinaison nouvelle de sons (notamment dans les passages joués à l’archet), jonglage entre instruments folk et électriques (sublime slide guitar) , tout porte à dire que le buzz concernant cet homme ira grandissant dans les prochains mois.
Du moins, c’est tout le bien qu’on lui souhaite.

Certains m’accuseront de prôner constamment la doctrine du “c’était mieux avant” en disant que IAM a cessé de vivre après l’Ecole du Micro d’Argent. Sans trop savoir quels sont les nouveaux titres, je me prépare au choc en espérant voir quelques vieilleries. La tension devient palpable lors de l’insupportable attente pré-concert… et soudain apparait la grande troupe de Marseille: 5 musiciens, 4 MCs, 2 DJs, et un mur de basses à secouer les copeaux de la Grande Scène. L’accent chantant du Sud fait lever 60′000 bras, tout le monde fait one.
Comment décrire la sensation de chanter avec la foule que rien ne sert de courir, petit frère ? Akhenaton ne s’est pas trompé en voyant plusieurs générations de fans (au nom de ceux qui sont restés crochés en 1997, MERCI), le public réagit différemment en fonction des chansons, toujours avec une ferveur ardente.
Heureux d’être une nouvelle fois présents au Paléo, humbles et fiers comme des samouraïs, IAM dégainent les katanas pour livrer une version guerrière de l’Ecole du Micro d’Argent. DJ Kéops envoie scratch et beat, pendant que Shurik’N explique comment on danse le mia, les pieds à 10h10, les hanches à gauche - à droite, un pas en avant - en arrière, sur une Grande Scène agitant toujours plus les bras.
Une brève pause sous forme de rappel, et les lumières s’éteignent… quatre sabres laser virevoltent au son de l’Empire du Côté Obscur, avec en écho une foule délirante. C’est sûr, on ne va pas attendre demain pour retrouver l’album mythique (déjà onze ans!) d’un groupe magnifique (déjà vingt ans!) , parce que demain c’est loin…

Messieurs-dames, n’oubliez pas l’existence du Village du Monde et de cette scène se trouvant en haut à gauche de votre carte et portant le nom de Dôme. Surtout quand un des noms à l’affiche est Marcelo D2.
Le rappeur originaire de São Cristovão a offert à la Plaine de l’Asse le concert de hip-hop le plus surprenant de la journée et on pourrait écrire des centaines de lignes remplies de qualificatifs dythirambiques pour en parler. Tâchons de faire court:
Marcelo D2 livre un rap d’une fraîcheur exemplaire comme votre rédacteur n’en a plus vu depuis fort longtemps, ne se résumant pas à une boîte-à-rythmes tournant en boucle sur un guignol recitant un texte sagement appris par coeur. Vêtu d’un t-shirt Run DMC, l’homme pimente les plaques de son DJ avec des sonorités brésiliennes en invitant sur scène des musiciens à l’âge fortement variable qui, une fois les percussions en main, transcendent cette musique urbaine. Cocktail réussi de tradition et de modernité, le set explore toutes les possibilités offertes par ces croisements de générations. A cela, rajoutez encore une communication facile entre la scène et le public (malgré la frontière des langues, le groupe ne communiquant qu’en brésilien), des invités prestigieux (un solo de human beatbox à la dextérité stylistique impressionante, un guitariste à la voix qui va droit au coeur, et j’en passe) et un sens de la fête qui semble nous échapper à nous, pauvres helvètes, et vous obtiendrez une dose de trinitrotoluène fortement concentrée qui ne laisse pas indemne.

Originaire de Recife, Helder Aragão, aka DJ Dolores, fait une halte au Paléo Festival dans le cadre de cette année consacrée au Brésil sous le Dôme.
Pour ceux qui s’attendaient à une heure de musique faite par un type dont on se demande s’il mixe vraiment ou ne fait que consulter ses e-mails sur son ordi, la surprise fut de taille: l’artiste vient accompagné de plusieurs musiciens sur scène: un saxophoniste, un claviériste, un guitariste et finalement un chanteur au charisme tel qu’il finira par s’imposer face au bidouilleur sonore. Alors que les gens avaient commencé le concert assis sur les gradins du Dôme, le devant de la scène s’est vite retrouvée investi par une foule atteinte de la fièvre de la danse. Musicalement, même si cela ne s’avère pas aussi destructeur que les vieux sons de son compatriote Amon Tobin, DJ Dolores mélange avec virtuosité sonorités traditionnelles brésiliennes et rythmiques électroniques modernes, glissant régulièrement des touches drum’n'bass au milieu des chansons interprétées avec brio en compagnie de ses collègues.