
Cinq ans après leur dernier passage sur la Plaine de l’Asse, la bande à Michael Stipe revient sur la Grande Scène afin de livrer une heure trente chrono de musique.
Sous un lightshow impressionnant, R.E.M. revisite trente ans de répertoire avec des incursions fréquentes dans leur dernier (et fortement recommandé) album, Accelerate, qui souffre d’une trop forte méconnaissance de la part du public présent. Le charisme et la gestuelle de Michael-l’homme qui marche au ralenti- Stipe laisse pantois sans oublier sa voix impeccable qui semble n’avoir pris aucune ride. Malgré un show extrêment milimétré (un bis attendu de tout le monde par exemple), les chansons vont droit au coeur. Lorsque la mandoline de Losing my religion surgit, c’est un public amorphe qui se réveille et qui bouge au son d’un des meilleurs hits que les années 80 ont réussi à nous pondre.
Après un Man on the Moon, la place se vide. Le 33ème Paléo a vécu. Reste plus qu’à attendre patiemment qui sera la tête d’affiche de la soirée de dimanche l’année prochaine.

Un concert classique, c’est de la musique. Incroyable non? Mais c’est aussi l’occasion d’une jouissive expérience sociologique. Excitant de pouvoir écouter voir jouer du Bach ou du Mendelssohn la bière dans une main, une gauffre dans l’autre. Car au-delà de l’anecdote, Paléo offre ici un superbe coup de jeune à un genre encore malheureusement trop poussiéreux pour séduire un large public.
Chaque année l’Asse envoie valser tous les codes feutrés propres au concert classiques. Les pieds dans la boue, les fesses carressant la poussière ou le t-shirt souillé, le confort d’autres rendez-vous semble bien loin, et c’est tant mieux.
Cet après-midi, Daniel Rossellat louait les grandes qualités des festivaliers. De simples politesses, les mots du directeur prennent vite bien plus de poids une fois l’orchestre passé. Bière et cris, il y avait. Mais plus encore, sous le Chapiteau s’invitait un profond respect. Une attention, une curiosité jamais prise en défaut. A tel point qu’allumer une cigarette ou répondre au téléphone devient impensable.
Impensable, aussi, de penser plus loin lorsqu’arrive le Concerto en Mi mineur pour violon de Felix Mendelssohn (et pas Wilson). C’est le deuxième effet KissCool de l’expérience. Une baffe en plein coeur. Magique. Tant l’Orchestre de Chambre de Genève que le magnifique violoniste Gilles Apap offrent nuances, précision, justesse et sensibilité à une oeuvre magnifique.
Et ce voyage-là, y a qu’à Paléo qu’on peut le vivre…

Les six membres de la plus grande légende du rock lausannois encore en vie se sont affrontés au soleil sur la Grande Scène ce dimanche à dix-huit heures. Forts de leur nouveau line-up, Favez vient confirmer que, après toutes ces années, ils restent les maîtres du rock suisse romand.
On les disait assagis avec leur nouvel album “Bigger Mountains Higher Flags”, les rockers démontrent sur scène qu’ils ont encore énormément d’énergie à revendre. Que ce soit avec leurs nouvelles chansons comme “She wakes up ever night” ou “Naked and Gasolined”, ou qu’ils revisitent d’anciens titres comme “Ready for the wind”, le sextuor impressionne par sa maîtrise de la Grande Scène. Un concert tout en puissance pour la bande à Christian Wicky, qui effectue un sans faute malgré l’heure matinale.
Pendant et juste après le concert de Favez sur la Grande Scène, notre caméra s’est promenée entre la régie et le backstage. Histoire de voir comment les lausannois ont vécu ce grand moment. Ambiance détendue et rigolarde, comme toujours avec les formidables rockeurs.

Joe aime Vanessa Paradis depuis longtemps, et comme tous les mélomanes qui vont voir un artiste qu’ils apprécient, Joe attend l’instant de sa venue avec impatience. Pouvoir mettre un visage humain sur une voix passionnément écoutée est un plaisir que beaucoup partagent. Et lorsque la petite Française aux accents enfantins entonne un air connu, Joe, comme ceux dans le même état d’esprit que lui, a la chair de poule, les bras qui frissonnent, le sourire accroché et les paroles au bout des lèvres.
Mais tout le monde n’est pas Joe, tout le monde n’aura pas bravé l’orage et le froid pour apercevoir Vanessa, la circulation se faisant de plus en plus aisée face à la Grande Scène l’heure avançant; car la principale caractéristique de la chanteuse parisienne est souvent le point le plus agaçant de la prestation: le timbre de sa voix. Ses aigus criards sucrés peuvent irriter le festivalier curieux sans relâche.
Mais si l’on n’aime pas la voix, les textes ou les mélodies, on ne peut que rester halluciné par les musiciens exceptionnels l’entourant et la qualité des arrangements qu’ils offrent. Les morceaux sont groovy à souhait, le kitch de Joe s’est perdu dans les limbes des années 90 sans regrets. Aznavour est repris au Bout de la Terre avec tout le public. Forcément, avec Matthieu Chédid à la guitare (-M- pour les intimes), la marche militaire la plus sombre devient un rock n’roll endiablé. Les solos sont terrifiants de justesse; le héros, chapeau vissé sur la tête, traverse insolemment la Grande Scène pour clouer sur place une assemblée sans voix. Après un final sauvage, où les lumières s’affolent, on se demande finalement qui l’on est venu voir de la chanteuse ou du guitariste…
Une première Grande Scène, c’est une étape dans une carrière d’artiste, d’autant plus s’il est du coin… Pour marquer le coup, le Paléoblog a suivi K dans sa conquête du monstre et récolte les impressions de la troupe avant et après le concert. Accent également sur le jeune et excellent bassiste Antoine Guenot (premier Nyonnais à monter sur la Grande Scène depuis des lustres!).
Encore chapeau les gars !
PS Le concert sera intégralement disponible d’ici peu sur la page Extraits de concert

Hier c’était avec allégresse que je partais au Paléo. J’avais rendez-vous avec l’homme de ma vie. Celui qui me fait frémir depuis 24 ans avec son univers et sa voix unique. C’est donc toute fébrile que j’arrivais sous le soleil. Un bon cocktail de Sharko pour commencer, rien de tel pour effacer les heures de sommeil en retard, quelques flûtes de champagne pour l’apéro, Mme Peel oblige, pour continuer dans l’élégance et la classe avec The Do.
Quand soudain, les dieux du ciel ont décidé de se mettre aux couleurs du village du monde en nous gratifiant d’un orage tropical, transformant une bonne partie des spectateurs en petits hommes verts. C’est tout naturellement que les uns et les autres cherchaient un abri, sait-on jamais que la pluie fasse fondre le genre humain. Le Chapiteau, comme tout endroit avec une tente, a été pris d’assaut. L’avantage non négligeable, c’est que pour une fois, pas trop de foule au stand nourriture, j’ai pu donc me sustenter en un temps record et comble de bonheur, à l’abri.
L’heure de mon rendez-vous tant attendu approchait, le coeur battant, frémissante, je me glissai sous le chapiteau dégoulinant de monde, chaque centimètre carré étant occupé de l’est à l’ouest, du sud au nord. Bien entendu il y avait comme moi les amoureux de Bashung et les peureux de la pluie. Qu’importe, je ne suis pas bien grande, je peux donc me faufiler jusque dans une certaine mesure, au milieu de la foule. La lumière s’éteint, la voix sublime d’Alain enveloppe mon âme, sa présence fait oublier le froid, la pluie, quand soudain…. je me retrouve propulsée à droite, à gauche en avant, sans avoir demandé quoi que ce soit à mes pieds.
lire la suite de "Alain Bashung: Ecoute les orgues, elles jouent pour toi"

La règle d’or à ne pas oublier pour un concert de The Dø : Dønt be late ! En effet, je suis arrivé à mi-concert du duo franco-finlandais, alors que le chapiteau débordait déjà de tous les côtés… Difficile, donc, de se concentrer sur la musique alors que moultes valises de bière me passent à un millimètre du nez, que les téléphones portables dirigés vers la sulfureuse chanteuse-guitariste Olivia B. Merilahti me bouchent la vue ou encore que les chenilles humaines égarées cherchent désespérément le premier rang.
Malgré la foule compacte, The Dø captive un public attentif et très en forme, à l’aide de morceaux comme “Aha“, “Tammie” et le tube “On my shoulders“. La voix d’Olivia est impeccable, oscillant entre de solides mélodies et de jolis cris aigus, le bassiste Dan Levy livre toute son énergie.
Le temps passe trop vite, et le groupe quitte la scène sous un tonnerre d’applaudissements… Alors que les côtés du chapiteau se vident, j’arrive tout juste à me faufiler sur la droite en espérant le rappel, je lève la tête et je vois qu’Olivia a enfilé sa guitare acoustique et mon cœur fait un bond… Allez, pourvu qu’elle nous chante “Stay (just a little bit more)“. Et c’est ça! Quel bonheur! A l’instar du titre, le duo nous berce juste un peu plus longtemps avec cette dernière perle. Un beau cadeau d’adieu (ou d’au revoir, espère-t-on) !

Enfin une miss qui rape avec des couilles. Voilà, c’est dit. J’en vois déjà qui vont me taxer de sexisme, tant pis. Reste que là où Diam’s et consorts miaulent de mièvres vers, se cachent derrière de savantes lumières ou d’abrutissants lieux communs ne visant qu’à s’offrir les vivas d’adolescentes en mal d’idole, Keny Arkana scande son discours sans détour. Brut. En t-shirt moisi, son éternel et peu seyant tissu sur la tête, douchée par un lightshow minimaliste, la Marseillaise s’offre telle qu’elle à son public.
Dame du texte, Arkana, au fil des titres, transpire son vécu. Simplement. Sincèrement. Nulle peine alors de lire son discours comme on lirait du Zola. Le poing levé… On pourrait bien sûr trouver un idéalisme pesant dans ses mots. Ce petit moins caricatural et assez général parmi les artistes engagés. Mais chez elle, ça passe. Enfant de la rue, elle a gardé la rage et la vérité de ceux qui ont eu le nez dans la merde (et ailleurs). Dans un tourbillon d’énergie, Keny Arkana a entraîné sans ménagement le public du Chapiteau vers un monde meilleur.
Mais le dire, c’est déjà trop…

Par une musique aux confins de l’émotion, qui prend aux tripes, là où l’on ressent plus que l’on écoute, Massive Attack impressionne par un spectacle comme on en voit rarement. Des lumières porteuses d’une ambiance mystique, un mur de lumières en arrière fond, le groupe jamais éclairé de face se dévoile avec parcimonie. Les anglais rassemblent le Festival face à eux, les chanteurs défilent devant les deux batteries aériennes.
La prestation démarre en douceur, avant le magistral Risingson qui lance véritablement le concert. Une forêt d’appareils photo et de téléphones apparaît dès les premières notes de Teardrop. Le mur de leds matraque sans vergogne ses messages écologico-politico-philosophiques, tandis que le public habitué à se déhancher se retire petit à petit. La communion avec les festivaliers n’est pas aisée, jusqu’à ce que Inertia Creeps réveille l’Asse à grands coups de guitare ravageuse ! Des citations de Pinochet et de Staline se succèdent sur le mur rouge sang, au rythme d’une montée en puissance terrifiante, avant d’atteindre l’extase grâce à Angel. A ceux qui reprochent à la trip-hop sa mollesse, précipitez-vous pour voir les anglais dont le nouvel album est prévu pour bientôt!